Yeux et lumière

Pourquoi les lunettes sont obligatoires en cabine UV

Les lunettes sont obligatoires en cabine UV pour deux raisons qui se cumulent : le décret du 27 décembre 2013 oblige l’exploitant à vous en fournir, et aucun autre geste ne protège la cornée. Le seul plafond chiffré par le décret, celui d’un appareil de type UV3, atteint 0,3 W/m² d’éclairement effectif, soit l’équivalent d’un indice UV de 12, délivré de face et à quelques dizaines de centimètres du visage. Fermer les paupières ne remplace pas une coque opaque, parce que la peau y mesure moins d’un millimètre et n’arrête qu’une partie du rayonnement. L’atteinte en jeu porte un nom, la photokératite, la même brûlure de cornée que l’ophtalmie des neiges.

Ce que la loi impose à l’institut qui vous accueille

Le port des lunettes ne relève ni de la politique interne de l’établissement, ni de votre humeur du jour. C’est écrit dans un texte réglementaire, et l’obligation pèse d’abord sur l’exploitant.

Tubes ultraviolets alignés dans le capot d'une cabine de bronzage
Photo : pixel2008 / CC0 via Wikimedia Commons

Le décret du 27 décembre 2013 et son article 8

Le décret n° 2013-1261 du 27 décembre 2013 encadre la vente et la mise à disposition du public des appareils émettant des ultraviolets. Son article 8 tient en une phrase, qui ne laisse aucune marge d’interprétation.

Article 8 : l'exploitant d'un appareil de bronzage est tenu de mettre à la disposition de chaque personne exposée aux rayonnements ultraviolets de l'appareil des lunettes assurant une protection appropriée des yeux conformes aux normes.

Deux passages comptent. « Chaque personne » signifie que la mise à disposition est due sans que vous ayez à la réclamer. « Conformes aux normes » écarte votre paire de lunettes de soleil personnelle, qui n’a été ni conçue ni testée pour ce rayonnement-là ni pour cette géométrie d’exposition.

Les quatre catégories d’appareils, et celles que le décret encadre

Le même décret classe les émetteurs en quatre types, selon leur éclairement effectif dans les bandes 250-320 nm et 320-400 nm. Deux de ces types seulement entrent dans son champ : la mention portée sur l’appareil est soit « type UV1 », soit « type UV3 ».

Type d’appareilCe que le décret en dit
UV1Mention « type UV1 » prévue sur l’appareil, usage professionnel du bronzage
UV2Aucune mention prévue, hors du champ de la mise à disposition du public
UV3Mention « type UV3 » prévue, éclairement effectif plafonné dans les deux bandes
UV4Aucune mention prévue, hors du champ de la mise à disposition du public

Le type UV3 est le seul dont le décret chiffre le plafond d’éclairement, et il le fait dans les deux bandes à la fois. C’est ce plafond qui sert de repère pour estimer ce que vos yeux encaissent pendant une séance, faute d’un chiffre équivalent écrit pour le type UV1.

Ce que vous pouvez demander avant d’entrer dans la cabine

Rien ne vous oblige à faire confiance sur parole. Trois vérifications tiennent en une minute au comptoir, et un établissement sérieux y répond sans se braquer.

  • Que les lunettes vous soient tendues d’office, sans que vous ayez à les demander.
  • Que les coques soient nettoyées entre deux clients, et remplacées quand la mousse de contour se décolle.
  • Que la mention d’avertissement figure bien sur le corps de l’appareil, en caractères apparents.

Combien vos yeux reçoivent-ils vraiment en cabine ?

Ce qu'un appareil UV3 délivre au plafond réglementaire, comparé au seuil de protection de l'OMS

Je n’ai pas mesuré l’éclairement d’une cabine réelle, et personne ne peut le faire depuis un article. Les chiffres qui suivent partent du seul plafond écrit dans le décret, celui d’un appareil de type UV3.

C’est un repère de calcul, pas le maximum de toutes les cabines : la définition d’un type UV1 ne fixe pas de limite haute dans la bande 320-400 nm. Prenez donc ce qui suit comme un ordre de grandeur, jamais comme la caractéristique de l’appareil devant vous.

Le plafond de 0,3 W/m² d’un appareil UV3

Le décret fixe pour un UV3 un éclairement effectif inférieur à 0,15 W/m² entre 250 et 320 nm, et inférieur à 0,15 W/m² entre 320 et 400 nm. Additionnées, les deux bandes donnent un plafond de 0,3 W/m² sur tout le spectre ultraviolet.

Cette valeur n’est pas un éclairement brut : c’est un éclairement pondéré par la sensibilité biologique de la peau, la même pondération que celle utilisée pour l’indice UV. Les deux grandeurs sont donc comparables.

Ce que ce plafond donne en indice UV

L’indice UV se calcule en multipliant l’éclairement érythémal effectif, exprimé en W/m², par 40. Un plafond de 0,3 W/m² correspond ainsi à un indice UV de 12.

RepèreValeur
Éclairement effectif maximal d’un UV3, 250-320 nm0,15 W/m²
Éclairement effectif maximal d’un UV3, 320-400 nm0,15 W/m²
Plafond total sur tout le spectre ultraviolet0,3 W/m²
Indice UV correspondant, à 40 par W/m²12
Indice à partir duquel l’OMS recommande de se protéger3

Un indice de 12, en France, vous ne le croisez pratiquement nulle part au niveau de la mer. Il faut monter très haut et marcher sur de la neige pour approcher ces valeurs, comme l’explique l’article sur l’indice UV en altitude. Un appareil resté sous ce plafond le délivre pourtant en intérieur, toute l’année, sur commande.

Le plafond que le décret écrit pour un appareil de type UV3 équivaut à un indice UV de 12, quatre fois la valeur à partir de laquelle l'OMS recommande déjà de se protéger.

Une source frontale, à quelques dizaines de centimètres

Le chiffre ne dit pourtant pas tout, parce que la dose reçue par un œil dépend autant de la géométrie que de la puissance. Dehors, le soleil d’été arrive du haut : l’arcade sourcilière fait visière, le front porte l’essentiel du rayonnement, et vous plissez les yeux sans y penser.

En cabine, la disposition s’inverse. Les tubes tapissent le capot au-dessus du visage, à quelques dizaines de centimètres, et le faisceau arrive de face. Aucun relief osseux ne fait écran à un rayonnement qui vient droit sur les paupières.

C’est cette différence de géométrie, plus que la puissance seule, qui rend la protection oculaire obligatoire en intérieur alors qu’elle reste facultative sur une plage.

Calculateur de dose UV reçue par vos yeux en cabine

Dose UV reçue par vos yeux en cabine

Indiquez la durée d'une séance et le nombre de séances : l'outil convertit l'exposition en dose érythémale, puis en minutes de plein soleil d'été, et vous dit ce que la cornée reçoit selon la protection portée.

Renseignez les champs puis lancez le calcul, le détail s'affiche ici.

Estimation calculée sur le plafond réglementaire d'un appareil UV3 (0,3 W/m² d'éclairement effectif, décret du 27 décembre 2013). Ce n'est pas une mesure de votre appareil, qui peut délivrer moins. Calcul fait dans votre navigateur, aucune donnée n'est envoyée.

Le calculateur ci-dessous applique ce plafond de 0,3 W/m² à la durée que vous saisissez, puis convertit le résultat en dose érythémale et en minutes de plein soleil d’été. La dernière ligne dit ce que la cornée reçoit selon la protection portée pendant la séance.

Renseignez la durée d’une séance, le nombre de séances déjà faites ou prévues, et le mode de protection. Le résultat reste une estimation bâtie sur le plafond du type UV3, pas une mesure de l’appareil que vous utilisez.

Pourquoi fermer les paupières ne suffit pas ?

C’est la parade la plus répandue, et la plus fausse. Fermer les yeux donne une impression de protection immédiate, parce que la sensation d’éblouissement disparaît. La sensation disparaît, pas le rayonnement.

La peau la plus fine du corps

La paupière est la zone où la peau est la plus mince de tout l’organisme, largement sous le millimètre. Elle n’a ni la couche cornée épaisse d’une paume, ni les poils d’un cuir chevelu, ni le tissu graisseux qui amortit ailleurs.

Cette finesse a une conséquence directe : le rayonnement qui la frappe n’est pas absorbé en totalité. Une partie traverse et poursuit sa route vers la cornée qui se trouve juste derrière.

Une barrière partielle, jamais une barrière fiable

Une paupière fermée bloque une fraction des ultraviolets, pas leur totalité, et cette fraction dépend de l’épaisseur de la peau, de la pigmentation et de la longueur d’onde. Aucune valeur ne permet de dire au lecteur combien il reste derrière ses paupières. C’est exactement ce qui disqualifie ce geste comme protection : une barrière dont on ne sait pas ce qu’elle laisse passer ne peut pas servir de mesure de sécurité.

Une coque de cabine, elle, est opaque. Le sujet de la fraction transmise ne se pose plus, ce qui explique que la réglementation impose l’objet et non le réflexe.

Ce que la paupière encaisse pour son compte

Reste ce que la paupière prend pour elle. Cette peau fine est aussi celle qui marque le plus vite, et l’exposition répétée y laisse des traces bien avant le reste du visage.

  • Un coup de soleil sur la paupière, qui gonfle et démange plus qu’ailleurs à cause de la finesse du tissu.
  • Un vieillissement accéléré de la zone, avec des ridules qui apparaissent plus tôt que sur les joues.
  • Une pigmentation irrégulière du contour, plus difficile à traiter qu’ailleurs vu la fragilité de la région.

La photokératite, la même brûlure que l’ophtalmie des neiges

Quand la cornée reçoit une dose d’ultraviolets qui dépasse ce qu’elle tolère, elle réagit comme la peau : elle brûle. L’Organisation mondiale de la santé range la photokératite et la photoconjonctivite parmi les effets aigus du rayonnement ultraviolet, à côté du coup de soleil, dans sa fiche sur le rayonnement ultraviolet.

Soleil bas au-dessus d'un champ de neige, la réverbération éclaire toute la pente
Photo : Daniel G. / Pexels

Six à douze heures avant la douleur

C’est le piège de cette atteinte : rien ne prévient pendant l’exposition. La cornée n’a pas de récepteur qui signale les ultraviolets, seulement des terminaisons qui réagissent aux lésions une fois qu’elles sont là.

La douleur arrive donc plusieurs heures après, souvent dans la nuit, avec cette impression très caractéristique de sable sous les paupières. Le mécanisme complet, ses signes et sa durée sont détaillés dans l’article consacré à la photokératite et son délai d’apparition. C’est la même brûlure que celle des skieurs qui ont laissé leurs lunettes au refuge.

Ce que le cumul des séances laisse derrière lui

La photokératite guérit, la cornée se réépithélialise. Ce qui ne s’efface pas, c’est le cumul : l’OMS classe parmi les effets chroniques du rayonnement ultraviolet la cataracte, une opacification du cristallin, et le ptérygion, cette excroissance de tissu qui progresse sur la cornée.

Ces atteintes-là ne se déclarent pas après une séance, mais après des années d’expositions répétées. Une séance protégée ne pèse rien dans ce total, une séance sans protection y ajoute une ligne.

Les situations qui justifient un avis médical

Cet article décrit un mécanisme et une obligation réglementaire, il ne remplace aucun examen. Certaines situations demandent l’avis d’un médecin ou d’un ophtalmologiste, sans attendre que ça passe tout seul.

  • Une douleur oculaire, une sensation de grain de sable ou une gêne intense à la lumière dans les heures qui suivent une séance.
  • Des symptômes qui persistent au-delà de deux jours, ou une baisse de vision, même partielle.
  • Un traitement en cours, quel qu’il soit : certaines familles de médicaments modifient la réaction aux ultraviolets, un sujet traité à part sur la photophobie et la photosensibilisation oculaire.
  • Un antécédent d’affection de la cornée, de chirurgie oculaire ou de maladie de la rétine.

Le bronzage en cabine reste par ailleurs une exposition volontaire à un rayonnement classé cancérogène, que l’OMS recommande d’éviter. La protection oculaire répond à un risque parmi d’autres, elle ne rend pas la séance anodine.

Questions fréquentes

Les lunettes de cabine sont-elles vraiment obligatoires ?

Oui. L’article 8 du décret du 27 décembre 2013 impose à l’exploitant de mettre à disposition de chaque personne exposée des lunettes conformes aux normes. L’établissement doit les fournir, et vous avez tout intérêt à les porter.

Peut-on utiliser ses lunettes de soleil à la place ?

Non. Une paire de lunettes de soleil laisse passer la lumière par les côtés, ne couvre pas les paupières, et n’a pas été testée pour une source frontale à courte distance. Le décret parle de lunettes conformes aux normes, ce qui vise les coques prévues pour cet usage.

Comment éviter les marques blanches laissées par les coques ?

Ces cernes clairs sont la preuve visible que la protection a fonctionné. Certains modèles à contour plus fin réduisent la zone épargnée, mais aucun ne la supprime : c’est le principe même d’un écran opaque. Retirer les lunettes pour éviter la marque revient à exposer la cornée sans écran, pour un détail esthétique.

Une serviette posée sur le visage protège-t-elle les yeux ?

Un textile fin et sec arrête une partie du rayonnement seulement, et sa capacité chute encore s’il est humide. Une serviette posée à plat glisse, se déplace au moindre mouvement, et ne garantit rien sur la durée d’une séance. Rien de tout cela n’équivaut à une coque opaque plaquée sur l’orbite.

Combien de temps dure une photokératite ?

Les signes apparaissent six à douze heures après l’exposition et régressent en général sur un à deux jours, la cornée se réparant vite. Une douleur qui dépasse ce délai, ou une baisse de vision, justifie un avis médical sans attendre.