Yeux et lumière

Lunettes de catégorie 4 : à partir de quelle altitude en a-t-on besoin

La catégorie 4 devient utile au-delà de 2 500 mètres environ, et surtout dès que vous marchez sur de la neige ou de la glace : c’est la réverbération du sol, plus que l’altitude seule, qui fait basculer le besoin. Un verre de catégorie 4 ne laisse passer que 3 à 8 % de la lumière visible, contre 8 à 18 % pour la catégorie 3, et la norme EN ISO 12312-1 impose alors la mention « Non adapté à la conduite » sur la monture. Le calculateur plus bas croise votre altitude, la surface au sol et le mois de sortie pour trancher.

Les cinq catégories de la norme EN ISO 12312-1

Les cinq catégories de filtres solaires et leur transmission visible selon la norme EN ISO 12312-1

Toutes les lunettes de soleil vendues dans l’Union européenne sont des équipements de protection individuelle, encadrés par le règlement (UE) 2016/425. La norme harmonisée qui les décrit, EN ISO 12312-1, range les verres en cinq catégories de 0 à 4 : c’est le seul repère normalisé dont vous disposez en magasin.

Ce que mesure un pourcentage de transmission

La catégorie décrit la transmission de la lumière visible. Un verre de catégorie 4 à 5 % laisse arriver cinq photons visibles sur cent jusqu’à votre oeil et arrête les quatre-vingt-quinze autres. Il s’agit d’éblouissement, pas d’ultraviolets.

La confusion coûte cher en montagne. Un verre de catégorie 1, très clair, peut bloquer la totalité des UV jusqu’à 400 nanomètres, alors qu’un verre très sombre acheté hors norme peut n’en filtrer aucun. La protection ultraviolette se lit sur la mention UV400, jamais sur la teinte.

Teinte sombre et filtration UV sont deux choses différentes. Un verre foncé sans filtre UV dilate la pupille et laisse entrer davantage d'ultraviolets qu'un oeil nu.

Le tableau des catégories 0 à 4

Voici la correspondance entre chaque catégorie, sa plage de transmission visible et la situation dans laquelle elle a du sens. La ligne du bas est la seule à porter une restriction d’usage.

Catégorie et transmission visibleSituation type
Catégorie 0 : 80 à 100 %Verre clair ou à peine teinté, intérieur, seule catégorie compatible avec la conduite de nuit
Catégorie 1 : 43 à 80 %Ciel voilé, lumière faible, fin de journée
Catégorie 2 : 18 à 43 %Luminosité moyenne, ville, marche en sous-bois
Catégorie 3 : 8 à 18 %Plein soleil, plage, randonnée estivale, ski en station
Catégorie 4 : 3 à 8 %Haute montagne, glacier, navigation au large, conduite exclue

Repérer la catégorie sur une monture

Le chiffre est gravé sur la face interne d’une branche, parfois sur le verre près de la charnière. Il apparaît aussi sur l’étiquette et dans la notice fournie avec la paire. Trois repères doivent figurer ensemble.

  • Le marquage CE, qui atteste la conformité au règlement européen sur les équipements de protection individuelle.
  • Le chiffre de catégorie, de 0 à 4, seul indicateur normalisé de la teinte.
  • Pour la catégorie 4, le pictogramme d’une voiture barrée ou la mention écrite « Non adapté à la conduite ».

Une paire vendue sans aucun de ces marquages sort du cadre de la norme. Le prix ne dit rien de la conformité.

À partir de quelle altitude la catégorie 4 devient-elle utile ?

Quelle catégorie de verre pour votre sortie ?

Indiquez l'altitude, la surface que vous aurez sous les pieds et le mois. L'outil estime la réverbération reçue et renvoie la catégorie de verre adaptée avec le pourcentage de transmission visible à viser.

Renseignez les trois champs puis lancez le calcul, le détail s'affiche ici.

Résultat indicatif, calculé dans votre navigateur. Aucune donnée n'est envoyée.

Reverberation renvoyee par la neige, le sable, l'eau et la roche, et effet de l'altitude

La réponse courte tient en deux chiffres : autour de 2 500 mètres dès que le sol est blanc, mais près de 4 000 mètres sur roche sèche, où la catégorie 3 tient encore le choc. Ce seuil se déplace ensuite de plusieurs centaines de mètres selon la saison et selon ce que vous avez sous les pieds.

L’altitude seule ne décide de rien

L’Organisation mondiale de la santé retient une hausse du rayonnement ultraviolet de près de 10 % tous les 1 000 mètres de dénivelé, parce que la couche d’atmosphère traversée se réduit. À 3 000 mètres, vous recevez donc à peu près 30 % d’UV de plus qu’au bord de mer, à heure et à saison identiques. J’ai détaillé ce mécanisme dans un article sur l’indice UV en montagne.

Cette majoration est réelle mais modeste. Elle ne suffit pas, à elle seule, à faire passer un randonneur de la catégorie 3 à la catégorie 4.

La surface sous vos pieds pèse plus lourd que les mètres

La neige fraîche renvoie jusqu’à 80 % de la lumière qu’elle reçoit. Vous prenez donc le rayonnement direct du ciel, puis presque autant par en dessous, y compris sous un chapeau à larges bords. Le sable clair plafonne vers 15 % et l’eau vers 10 %.

Un névé à 2 200 mètres en avril éblouit davantage qu’un pierrier à 3 000 mètres en septembre. Le calculateur ci-dessous met cette bascule en chiffres : il combine la saison, la majoration d’altitude et le pouvoir réfléchissant du sol pour renvoyer une catégorie et une plage de transmission à viser.

Les trois sorties qui justifient la catégorie 4

Sur le terrain, trois configurations reviennent systématiquement. En dehors de ces cas, la catégorie 3 fait le travail sans vous priver de lisibilité.

  1. La course sur glacier ou sur névé permanent, à partir de 2 500 mètres, du début du printemps à la fin de l’automne.
  2. Le ski de randonnée et l’alpinisme de printemps entre 2 500 et 4 000 mètres, quand la neige est encore intégrale et le soleil déjà haut.
  3. La navigation au large et les grandes étendues d’eau claire en plein été, où la réverbération se cumule avec des heures d’exposition sans ombre.

Attention aux journées mixtes : une catégorie 4 devient vite trop sombre dès que l’itinéraire quitte le glacier pour un sentier forestier. Une seconde paire règle le problème.

L’ophtalmie des neiges, ce que coûte l’erreur

Une journée sur neige sans filtre suffisant brûle la cornée, et le piège tient à le délai d’apparition de la douleur. Les symptômes n’apparaissent que 8 à 12 heures après l’exposition et durent ensuite 24 à 48 heures. Il importe de bien distinguer photokératite et photophobie pour identifier rapidement le problème. Vous redescendez sans rien sentir, la douleur arrive dans la soirée.

Larmoiement, sensation de sable sous les paupières, paupières gonflées, photophobie et vision en baisse : le tableau est impressionnant mais réversible, et il se traite dans l’obscurité avec un avis médical. La neige renvoie jusqu’à 85 % des UVB qu’elle reçoit, ce qui explique que la brûlure s’attrape aussi par ciel voilé, quand la lumière semble supportable et que la paire reste dans le sac.

Pourquoi la catégorie 4 est-elle interdite au volant ?

Marquage CE, categorie et pictogramme voiture barree sur la branche d'une monture

Parce qu’un verre qui ne laisse passer que 3 à 8 % de la lumière dégrade la perception des feux de signalisation et allonge le temps d’adaptation à l’entrée d’un tunnel. La restriction est réelle, mais elle ne vient pas d’où la plupart des pages le prétendent.

Ce que le texte impose réellement

L’obligation porte sur le produit, pas sur le conducteur. La norme EN ISO 12312-1, harmonisée au titre du règlement (UE) 2016/425, impose au fabricant de marquer tout filtre de catégorie 4 comme impropre à la conduite et à l’usage sur la route. Ce marquage prend la forme du pictogramme voiture barrée, de la mention écrite, ou des deux.

Le produit est donc déclaré inadapté à la route par la norme même qui l’autorise à être vendu, et c’est l’absence de marquage que la répression des fraudes sanctionne lors de ses contrôles.

L’amende de 35 euros que personne ne source

Vous lirez partout qu’une catégorie 4 au volant coûte 35 euros. Aucun article du code de la route ne cite pourtant la catégorie 4, ni les lunettes de soleil, ni un pourcentage de transmission. Ce montant est l’amende forfaitaire de la contravention de deuxième classe attachée à l’article R412-6, qui demande à tout conducteur de rester en état d’exécuter sans délai les manoeuvres qui lui incombent.

La verbalisation reste possible, mais elle passe par l’appréciation de l’agent sur votre capacité à conduire, pas par une case « catégorie 4 » dans un barème.

Neige fraîche : jusqu'à 80 % de lumière renvoyée. Sable clair : environ 15 %. Eau : environ 10 %. La catégorie 4 se joue là, pas seulement sur l'altimètre.

La catégorie 3 et la conduite de nuit

La catégorie 3 reste parfaitement utilisable au volant de jour, y compris sur route enneigée. La nuit et au crépuscule, seule la catégorie 0 convient, c’est-à-dire un verre clair ou à peine teinté.

Ce qu’il faut vérifier avant d’acheter

Monture enveloppante a coques laterales portee sur un nevé de haute montagne

Une paire adaptée à la haute montagne se juge sur deux éléments seulement : le marquage et la couvrance.

Le marquage et la notice

Retournez la branche avant de payer et cherchez le CE, le chiffre de catégorie et la mention UV400. Demandez la notice si elle ne figure pas dans l’étui : le règlement européen impose au fabricant de la fournir en français.

L’Institut national du cancer recommande de son côté un filtre anti-UV de catégorie 3 ou 4 avec des montures enveloppantes pour toute exposition prolongée.

La couvrance et les protections latérales

Sur neige, la lumière arrive par en dessous et par les côtés. Une monture plate laisse passer une part notable du rayonnement réfléchi, quelle que soit la catégorie du verre. Cherchez une forme galbée, un pont bas et des coques latérales amovibles.

Le reste de votre protection suit la même logique : un textile perd l’essentiel de son pouvoir filtrant une fois trempé, comme l’explique mon article sur l’UPF d’un tee-shirt mouillé, et la crème solaire ne tient ses promesses qu’à la dose réellement recommandée.

Enfin, une gêne qui persiste après une sortie, des yeux qui pleurent ou une vision trouble se montrent à un ophtalmologiste. Aucun choix de verre ne remplace cet avis.

Questions fréquentes

Quelle différence entre catégorie 3 et catégorie 4 ?

La catégorie 3 laisse passer 8 à 18 % de la lumière visible, la catégorie 4 seulement 3 à 8 %, soit environ deux fois moins. La catégorie 4 est aussi la seule à porter une mention de non-conformité à la conduite.

Une catégorie 4 protège-t-elle mieux des UV ?

Pas nécessairement. La catégorie mesure la transmission de la lumière visible, pas la filtration des ultraviolets. Un verre de catégorie 1 marqué UV400 filtre autant d’UV qu’un verre de catégorie 4 marqué de la même façon.

Peut-on porter de la catégorie 4 en ville ?

Rien ne l’interdit à pied, mais la vision devient inconfortable dès qu’un nuage passe. La catégorie 2 ou 3 reste plus pratique en ville.

Faut-il de la catégorie 4 pour le ski en station ?

Non dans la grande majorité des cas : entre 1 500 et 2 500 mètres sur piste damée, la catégorie 3 couvre la journée. La catégorie 4 se justifie au-dessus de 2 500 mètres, sur glacier ou par ciel parfaitement dégagé en fin d’hiver.

Un verre photochromique remplace-t-il une catégorie 4 ?

Seulement s’il monte jusqu’à 4. Un verre à teinte variable porte une plage de catégories, par exemple 2 à 4 : c’est la borne haute qui compte sur glacier, et un modèle marqué 1 à 3 plafonne en catégorie 3. La plage est gravée sur la branche, au même endroit que le chiffre d’un verre classique.

Les enfants peuvent-ils porter de la catégorie 4 ?

Oui, dans les mêmes situations que les adultes, et le cristallin de l’enfant filtre moins bien les UV que celui de l’adulte. Dès les premières lunettes d’un bébé, il est important de choisir une monture à sa taille, enveloppante et maintenue par un cordon : un modèle trop grand laisse passer la lumière par les côtés.

Comment vérifier la catégorie de lunettes déjà achetées ?

Regardez la face interne des deux branches, puis le bord du verre côté charnière. Si aucun chiffre n’apparaît et que la notice est perdue, un opticien identifie la catégorie en quelques secondes.