Le rayonnement ultraviolet gagne environ 10 % tous les 1000 mètres de dénivelé, et la neige fraîche en renvoie jusqu’à 80 % au lieu de l’absorber. Sur un glacier à 2500 mètres, la dose qui atteint la peau dépasse largement celle d’une plage au même instant. Le froid, lui, supprime la sensation de brûlure qui fait normalement rentrer à l’ombre. Les zones touchées ne sont pas celles de la plage : la réverbération frappe par en dessous.
Ce que l’altitude change à la dose reçue

La première brûlure sérieuse que j’ai attrapée l’a été en avril, sur un névé, par une température qui tournait autour de zéro. Je portais une polaire et je n’avais pas la moindre sensation de chaleur.
Une couche d’atmosphère plus courte à traverser
L’atmosphère filtre une partie du rayonnement solaire avant qu’il n’atteigne le sol. Plus vous montez, moins il reste d’air au-dessus de vous, et moins ce filtre travaille.
Le guide de l’Organisation mondiale de la santé consacré à l’indice UV retient une règle simple pour l’usage courant : environ 10 % d’ultraviolets en plus par tranche de 1000 mètres de dénivelé. À 2000 mètres, vous recevez donc à peu près 20 % de rayonnement de plus qu’au bord de la mer au même moment.
Cette règle vaut comme ordre de grandeur, pas comme constante physique. La valeur réelle dépend de la hauteur du soleil, de l’épaisseur de la couche d’ozone au-dessus de vous et de la saison, ce qui explique que deux journées à la même altitude ne se ressemblent pas.
Air sec et ciel dégagé : deux effets qui s’ajoutent
L’altitude ne joue pas seulement sur la quantité d’air. Elle change aussi sa composition et sa charge en particules.
L’air y est plus sec, moins chargé en aérosols et en pollution, donc plus transparent. Une vallée urbaine et un sommet à la même heure ne reçoivent pas la même dose, y compris à altitude comparable.
S’ajoute le fait que l’on passe en montagne beaucoup plus de temps dehors, sans ombre disponible. Une randonnée de six heures sur une crête expose la peau en continu, là où une journée de plage ménage presque toujours des retours sous un parasol.
La réverbération, le facteur que l’on sous-estime

L’altitude explique une partie du problème, rarement la plus grosse. Le sol sur lequel vous marchez pèse souvent davantage.
Ce que renvoie chaque type de sol
Chaque surface réfléchit une part du rayonnement qu’elle reçoit au lieu de l’absorber. Cette part porte un nom, l’albédo, et l’écart entre les sols est considérable.
| Nature du sol | Part des ultraviolets renvoyée |
|---|---|
| Neige fraîche | Jusqu’à 80 % |
| Neige tassée ou glacier | Environ 60 % |
| Sable sec | Environ 15 % |
| Roche claire, éboulis | Environ 15 % |
| Eau, lac d’altitude | Environ 10 % |
| Herbe, alpage | Environ 3 % |
Le rapport entre une prairie et un champ de neige atteint donc un facteur proche de 25. Marcher sur l’herbe à 2000 mètres et marcher sur la neige à la même altitude sont deux situations sans rapport, alors que l’altimètre affiche le même chiffre.
La neige fraîche renvoie jusqu'à 80 % des ultraviolets, l'herbe environ 3 %. Le sol pèse plus lourd que l'altitude.
Pourquoi elle atteint des zones habituellement à l’ombre
Le rayonnement direct vient d’en haut. La réverbération, elle, remonte du sol, et c’est ce changement de direction qui rend les brûlures de montagne si particulières.
Les zones normalement protégées par leur simple orientation se retrouvent exposées. Le dessous du menton, la cloison nasale, la face inférieure des sourcils, les lobes des oreilles reçoivent une dose que la plage ne leur inflige jamais.
C’est aussi ce qui explique que la casquette, très efficace au bord de l’eau, ne suffise plus sur la neige. Elle traite le rayonnement descendant et laisse passer intégralement celui qui remonte.
Estimez la dose reçue selon l’altitude et la nature du sol
La dose que vous recevez là-haut
Calcul pour un ciel clair, au midi solaire, sous la latitude des Alpes. Le résultat est une estimation destinée à comparer des situations entre elles, pas une mesure de terrain.
Modèle fondé sur l'angle du soleil, la règle d'environ 10 % d'ultraviolets en plus par tranche de 1000 mètres, et les taux de réflexion publiés pour chaque sol. Les nuages, l'ozone et l'orientation du terrain font varier le résultat réel.
Le calculateur ci-dessous combine la hauteur du soleil au mois choisi, le gain lié à l’altitude et la réflexion du sol. Il sépare volontairement les deux contributions, pour montrer laquelle domine dans votre situation.
Pourquoi on brûle en montagne sans le sentir

Le mécanisme le plus dangereux en altitude n’est pas physique, il est sensoriel. Le corps y perd le signal qui déclenche habituellement la mise à l’abri.
Le froid coupe le signal d’alerte
Ce qui vous fait rentrer à l’ombre sur une plage, ce n’est pas la conscience du rayonnement, c’est la sensation de chaleur sur la peau. Cette sensation vient du rayonnement infrarouge, qui n’a rien à voir avec les ultraviolets responsables de la brûlure.
En montagne, l’air froid et le vent évacuent cette chaleur en continu. La peau reste fraîche au toucher pendant que la dose d’ultraviolets s’accumule, et le seul avertissement disparaît.
Le résultat se voit le soir. La brûlure apparaît plusieurs heures après l’exposition, quand la dose est prise depuis longtemps et qu’aucune correction n’est plus possible.
Le vent et l’effort masquent les premiers signes
Deux circonstances aggravent encore ce silence. Le vent dessèche la peau et le froid la resserre, ce qui retarde la rougeur visible.
L’effort, lui, monopolise l’attention. Sur une montée exigeante, à surveiller son souffle et le terrain, personne ne consacre de pensée à l’état de ses avant-bras.
Ces situations concentrent le risque, et méritent d’être identifiées avant le départ :
- la neige de printemps, qui associe un soleil déjà haut et une réverbération maximale,
- les journées froides et venteuses, où la sensation de chaleur disparaît totalement,
- les traversées de glacier, sans ombre et avec réflexion sur toute la surface,
- les cols et les crêtes, où l’on s’arrête longtemps pour regarder le paysage,
- les journées voilées, où la lumière diffuse traverse les nuages fins presque sans perte.
Le dernier point mérite d’être souligné. Un ciel blanc laisse passer l’essentiel du rayonnement tout en supprimant la lumière crue qui incite à se couvrir.
Ce qui protège réellement en altitude
La réponse tient en un ordre de priorité, et il n’est pas celui que l’on adopte spontanément.
Le textile et les zones à couvrir en priorité
Le vêtement passe avant tout le reste, parce qu’il ne s’oublie pas et ne demande aucun renouvellement. Encore faut-il qu’il protège vraiment, ce qui dépend de sa densité et de son état : l’indice UPF d’un tee-shirt ordinaire reste très en dessous de ce que l’on imagine, et il s’effondre dès qu’il est trempé de transpiration.
Pour la peau qui reste découverte, le raisonnement change par rapport à la plage. La réverbération impose de traiter les faces inférieures : sous le menton, sous le nez, sous les sourcils, sous les oreilles. Ces surfaces demandent la même dose que le reste, ce qui suppose de connaître la quantité de crème solaire réellement nécessaire plutôt que d’en déposer une couche symbolique.
Les yeux relèvent d’une catégorie à part, parce que la réverbération les atteint de plein fouet et que la douleur, elle, n’arrive que le soir. Le niveau de filtration à retenir dépend autant du sol que de l’altitude, un point traité en détail dans l’article consacré aux lunettes de catégorie 4 et à l’altitude.
Les heures qui concentrent la dose
La dose ne se répartit pas uniformément dans la journée. Elle se concentre autour du midi solaire, qui tombe vers 14 heures en France pendant l’heure d’été.
Sur une course en montagne, cette contrainte s’inverse par rapport à la plage. Partir tôt sert la sécurité et vous fait aussi traverser les zones ouvertes avant le pic de rayonnement, tandis qu’une descente entamée en début d’après-midi cumule fatigue, attention baissée et dose maximale.
Un dernier repère mérite d’être gardé en tête. La pigmentation de la peau commence dès un indice de 2 à 3 selon les phototypes, et ce seuil est atteint en altitude bien plus tôt dans la saison qu’en plaine : ce que recouvre exactement le seuil d’indice UV à partir duquel la peau réagit vaut la peine d’être connu avant une sortie de printemps.
Le froid ne réduit en rien la dose reçue. Il supprime seulement la sensation qui vous ferait rentrer.
Ce que j’ai fini par retenir de cette brûlure d’avril : en montagne, le thermomètre ne dit rien du rayonnement. Le seul indicateur utile reste l’altitude, la saison et ce que vous avez sous les pieds.