Indice UV

Derrière une vitre, votre peau ne fabrique aucune vitamine D

Derrière une vitre, la synthèse de vitamine D tombe à zéro, parce que le verre retient la totalité des UVB, seule bande du spectre solaire capable de déclencher la réaction dans la peau. Le même verre laisse en revanche passer une part importante des UVA, jusqu’à 72 % du rayonnement mesuré entre 300 et 400 nanomètres pour un verre clair de bâtiment.

Le rayonnement qui fait vieillir la peau et foncer les taches continue donc d’arriver, sans contrepartie du côté de la synthèse. Une matinée passée derrière une baie vitrée ne compte pas comme une exposition solaire.

Pourquoi le verre coupe exactement la longueur d’onde qui fabrique la vitamine D ?

La coïncidence est presque parfaite, et c’est ce qui rend le sujet contre-intuitif. La bande utile à la peau se situe pile là où le verre à vitre cesse de laisser passer la lumière ultraviolette.

Bras nu au volant, lumiere du jour a travers le pare-brise
Au volant, la peau recoit des UVA pendant des heures sans fabriquer la moindre vitamine D. Photo : cottonbro studio / Pexels

La synthèse cutanée démarre dans une bande très étroite d’UVB

La vitamine D n’arrive pas dans la peau, elle y est fabriquée. L’ANSES décrit une synthèse endogène, réalisée par les cellules profondes de l’épiderme à partir du cholestérol, sous l’action directe du rayonnement ultraviolet B. Aucune autre longueur d’onde ne fait ce travail à sa place.

L’Organisation mondiale de la santé situe les UVB entre 280 et 315 nanomètres, et les UVA entre 315 et 400. Le spectre d’action de la prévitamine D3 retenu par la Commission internationale de l’éclairage s’étend de 252 à 330 nanomètres, mais la partie basse ne sert à rien au sol : l’atmosphère l’absorbe avant qu’elle n’arrive. En pratique, tout se joue entre 290 et 315 nanomètres, avec une efficacité maximale autour de 295 à 300.

Trois conséquences suivent de cette étroitesse, et elles expliquent la plupart des malentendus sur le sujet.

  • La sensation de chaleur ne dit rien de la production : elle vient de l’infrarouge, à l’autre bout du spectre.
  • La luminosité perçue ne dit rien non plus : l’œil ne voit pas les ultraviolets.
  • Un filtre qui coupe sous 320 nanomètres ramène la synthèse à zéro, même en plein été et sous un ciel dégagé.

Le verre à vitre s’arrête net avant 320 nanomètres

Le verre sodocalcique, celui des fenêtres et des vitres de voiture, absorbe le rayonnement ultraviolet en dessous d’environ 320 nanomètres. Une revue publiée dans le Journal of the American Academy of Dermatology le formule sans nuance : tous les types de verre bloquent la transmission des UVB, définis dans l’article comme la bande 280 à 315 nanomètres.

Autrement dit, la fenêtre coupe très exactement la fenêtre spectrale dont la peau a besoin. Ce n’est pas un réglage volontaire du fabricant, c’est une propriété du matériau lui-même.

Le verre à vitre retient 100 % des UVB. La synthèse de vitamine D derrière une fenêtre fermée est nulle, quelle que soit la durée.

Ce que donnent les mesures faites sur des vitrages réels

Une étude de 2025 a mesuré la transmission des ultraviolets à travers les vitrages d’un large échantillon de véhicules, avec deux capteurs distincts, l’un pour la bande 250 à 320 nanomètres, l’autre pour la bande 320 à 400. Le résultat pour les UVB est une atténuation de 100 %, pare-brise comme vitres latérales, à une seule exception près sur l’ensemble des relevés.

Sur les UVA, le tableau est tout autre, et c’est là que les écarts entre vitrages deviennent intéressants. Je détaille les chiffres dans la section suivante.

Les taux réels de transmission, vitrage par vitrage

Part des UVA transmise selon le type de vitrage, et 0 % d'UVB dans tous les cas

La plupart des pages qui traitent ce sujet affirment que le verre bloque les UVB et laisse passer les UVA, puis s’arrêtent là. Les ordres de grandeur méritent d’être posés, parce qu’ils varient d’un facteur cent selon le vitrage.

VitragePart des UVA transmise
Verre clair de bâtimentJusqu’à 72 % du rayonnement 300 à 400 nm
Vitre latérale avant de voiture (verre trempé)11,2 % en moyenne
Vitre latérale arrière de voiture (verre trempé)4,4 à 6,8 % selon le côté
Pare-brise feuilleté0,75 % en moyenne
Tous vitrages, bande UVB0 %

Le verre clair d’une fenêtre de bâtiment

La revue citée plus haut donne un chiffre global : un verre clair laisse passer jusqu’à 90 % de la lumière visible, 72 % du rayonnement ultraviolet mesuré entre 300 et 400 nanomètres, et 83 % de la chaleur solaire. Comme la portion UVB de cet intervalle est intégralement retenue, ces 72 % sont en réalité des UVA.

Un double vitrage, un vitrage à isolation thermique ou un verre teinté transmettent moins, sans que l’écart soit visible à l’œil nu. Une fenêtre de bureau reste donc une source d’UVA continue, et non un écran.

Le pare-brise feuilleté face à la vitre latérale trempée

Un pare-brise est feuilleté : deux feuilles de verre collées par un film intercalaire de butyral de polyvinyle, qui absorbe les UVA. L’étude de 2025 relève une atténuation moyenne de 99,25 % des UVA sur les pare-brise, contre 88,78 % sur la vitre latérale du conducteur, en verre trempé sans intercalaire. Les vitres latérales arrière se situent entre les deux, autour de 93 à 96 %.

Cette différence de matériau explique un phénomène que beaucoup de porteurs de lunettes constatent sans se l’expliquer : les verres photochromiques restent clairs en voiture, faute d’UVA pour déclencher leur assombrissement derrière le pare-brise. Le bras posé sur la portière, lui, reçoit environ quinze fois plus d’UVA que le visage abrité derrière le pare-brise.

La chaleur derrière la vitre ne prouve rien

Une pièce vitrée orientée plein sud devient étouffante en fin de matinée. Cette chaleur vient de l’infrarouge et du visible, que le verre transmet à plus de 80 %. Elle ne renseigne en rien sur les ultraviolets.

Le même raisonnement vaut pour le bronzage. Une peau exposée derrière une vitre peut foncer légèrement, par oxydation de la mélanine qu’elle contient déjà, sans que la moindre unité de vitamine D soit produite. C’est un pigment de surface, sans rapport avec le processus lent décrit dans l’article sur le seuil d’indice UV à partir duquel la peau pigmente.

Calculer l’équivalent d’UVA reçus derrière une vitre

Ce que votre vitre laisse passer, et ce qu'elle ne laisse pas passer

Indiquez le vitrage et le temps que vous passez derrière : l'outil convertit ce temps en minutes équivalentes d'UVA reçus à l'air libre, et affiche la vitamine D synthétisée pendant ce temps.

Renseignez les champs puis lancez le calcul, le détail s'affiche ici.

Résultat indicatif, calculé dans votre navigateur. Aucune donnée n'est envoyée.

Les pourcentages restent abstraits tant qu’on ne les rapporte pas à une durée. Le calculateur ci-dessous convertit le temps passé derrière un vitrage donné en minutes équivalentes d’UVA reçus à l’air libre, et affiche en regard la vitamine D produite pendant ce temps.

Un exemple concret : 45 minutes de trajet quotidien, cinq jours par semaine, côté conducteur, donnent environ 25 minutes hebdomadaires d’UVA en plein air sur le bras gauche. Le même temps passé contre une baie vitrée de bureau en donne 162, soit six fois plus. Dans les deux cas, la ligne vitamine D affiche zéro.

Ce que cela change dans une journée ordinaire

Le sujet n’a rien de théorique. Beaucoup de personnes passent l’essentiel de leurs heures de jour derrière un vitrage, et en tirent la conclusion inverse de la réalité.

Lumiere du soleil traversant une fenetre et se posant sur un parquet
Le soleil entre, la lumiere et la chaleur avec lui. Les UVB, eux, restent dehors. Photo : Tama66 / Pixabay

Un poste de travail contre une baie vitrée

Un bureau collé à une grande vitre orientée au sud cumule les deux inconvénients : une dose d’UVA quotidienne non négligeable sur le visage et les mains, et une production de vitamine D strictement nulle. Le sentiment de prendre le soleil au travail ne correspond à rien de mesurable côté synthèse.

Sur une année de bureau, cette dose s’accumule toujours du même côté du corps, celui qui fait face à la vitre. C’est ce cumul lent, et non les coups de soleil de vacances, qui produit les taches brunes du visage liées au soleil.

La voiture, le bras et la joue côté conducteur

Les dermatologues décrivent depuis longtemps une asymétrie du vieillissement cutané chez les conducteurs professionnels, marquée du côté de la vitre latérale. Les chiffres de transmission expliquent pourquoi : 11 % d’UVA transmis par une vitre latérale, contre moins de 1 % par le pare-brise.

Quatre points se déduisent directement de ces mesures pour un trajet long.

  • Vitre remontée, le bras gauche reçoit environ 11 % des UVA incidents, quand le visage derrière le pare-brise en reçoit moins de 1 %.
  • Vitre baissée, plus aucun filtre n’intervient : le bras reçoit le rayonnement direct, comme à l’air libre.
  • Les verres photochromiques ne foncent pas dans l’habitacle, leur assombrissement étant déclenché par les UVA que le vitrage retient.
  • Aucune configuration de trajet ne produit de vitamine D, puisque les UVB s’arrêtent sur le verre dans tous les cas.

Véranda, serre et hublot d’avion

Une véranda, une serre de jardin ou une verrière suivent la même règle : chaleur maximale, UVB nuls. Les polymères transparents utilisés dans certaines serres se comportent différemment du verre, mais aucun ne restitue une transmission UVB comparable au plein air.

Le hublot d’avion mérite une mention à part. Il retient lui aussi les UVB, mais à 10 000 mètres le rayonnement UVA incident est nettement plus intense qu’au sol, et la part qui traverse le double panneau reste non négligeable sur un vol long.

Chaleur, luminosité et bronzage léger passent la vitre. La bande 290 à 315 nanomètres, elle, s'arrête sur le verre.

Quand parler de vitamine D à un médecin ?

Ce qui précède décrit un mécanisme physique, pas une conduite à tenir. Le statut en vitamine D d’une personne relève d’un médecin, seul à même d’apprécier une situation individuelle et de décider d’un éventuel dosage sanguin.

Plusieurs facteurs, indépendants du vitrage, réduisent la quantité d’UVB qui atteint réellement la couche où se fait la synthèse. Les connaître aide surtout à poser la question au bon endroit, c’est-à-dire en consultation.

  • Des heures de jour passées à l’intérieur ou derrière un vitrage toute l’année : le rayonnement utile n’atteint jamais la peau.
  • Un rythme de travail nocturne, qui décale la présence au-dehors en dehors des heures où les UVB atteignent le sol.
  • Une peau richement pigmentée : la mélanine absorbe une partie des UVB avant qu’ils ne parviennent aux cellules concernées.
  • Une peau habituellement couverte : le rayonnement s’arrête sur le textile comme il s’arrête sur le verre.
  • L’avancée en âge : la concentration cutanée en 7-déhydrocholestérol, la molécule de départ, diminue avec les années.

Cette page décrit une physique du rayonnement, elle ne dit rien de votre situation biologique ni de ce qu’il conviendrait d’en faire. Une lecture en ligne, la mienne comprise, ne remplace pas un avis médical.

Questions fréquentes

Peut-on fabriquer de la vitamine D derrière une fenêtre ouverte ?

Oui, dès lors que le rayonnement solaire vous atteint sans traverser le verre. C’est la présence du vitrage sur le trajet des rayons qui bloque la synthèse, pas le fait d’être à l’intérieur d’un logement. Une fenêtre grande ouverte, avec le soleil qui tombe directement sur la peau, se comporte comme l’extérieur.

Peut-on bronzer derrière une vitre ?

Très légèrement, et par un mécanisme différent du bronzage habituel. Les UVA transmis oxydent la mélanine que l’épiderme contient déjà, ce qui donne un hâle immédiat et fugace. La pigmentation durable, celle qui suit une production nouvelle de mélanine, repose principalement sur les UVB, bien plus efficaces que les UVA à dose reçue égale.

Attrape-t-on des coups de soleil derrière une vitre ?

Pratiquement jamais, puisque l’érythème solaire est déclenché en très grande majorité par les UVB, retenus par le verre. L’absence de brûlure ne signifie pas l’absence de dommage : les UVA traversent et pénètrent plus profondément dans le derme.

Le verre teinté ou le film solaire changent-ils la donne pour la vitamine D ?

Non. Ces solutions réduisent encore la part d’UVA transmise, mais aucune ne rétablit le passage des UVB. La synthèse reste nulle derrière un vitrage traité comme derrière un vitrage clair.

Faut-il enlever ses lunettes de soleil derrière une vitre ?

Les lunettes n’ont aucune incidence sur la vitamine D, qui se fabrique dans la peau et pas dans l’œil. La question relève du seul confort visuel, pas de la synthèse.

Combien de temps faut-il derrière une vitre pour produire de la vitamine D ?

Aucune durée ne suffit. Le mécanisme n’est pas ralenti par le verre, il est supprimé : sans UVB, la molécule de départ ne se transforme pas. Multiplier les heures derrière la fenêtre ne fait rien passer.